C’est un tournant silencieux mais profond qui s’opère ce mois-ci dans le paysage législatif et réglementaire français. Longtemps focalisé sur la “mitigation”, c’est-à-dire la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le droit de l’environnement opère un virage historique vers l’”adaptation”. Puisque le réchauffement est déjà là et que ses effets sont irréversibles à court terme, il faut apprendre à vivre avec. La nouvelle salve de mesures issues de la Loi Climat et Résilience, qui entrent en application ce mois-ci, touche directement le quotidien des citoyens, des entreprises et des collectivités. Et autant dire que cette normalisation de la contrainte climatique ne se fait pas sans friction.
Pour le citoyen, les changements sont d’abord visibles dans l’aménagement du territoire et l’immobilier. Les nouvelles normes de construction imposent désormais une perméabilité minimale des sols pour les nouvelles maisons individuelles, afin de lutter contre le ruissellement et de recharger les nappes phréatiques. Les projets d’urbanisation doivent également intégrer des “îlots de fraîcheur” et prévoir des plantations d’arbres à maturité rapide. Dans l’ancien, les restrictions se durcissent sur les rénovations énergétiques, avec l’interdiction progressive de louer les passoires thermiques les plus énergivores, poussant des milliers de propriétaires à engager des travaux qu’ils repoussaient depuis des années.
Pour les entreprises et les professionnels, le choc réglementaire est plus direct. Les nouvelles règles sur la climatisation dans les commerces et les bureaux, limitant drastiquement son usage en été et interdisant son fonctionnement portes ouvertes, font grincer des dents. Les professionnels de la restauration et de l’hôtellerie, déjà fragilisés, doivent investir dans des systèmes de rafraîchissement passif ou à très haute efficacité énergétique. Dans l’agriculture, les autorisations de prélèvement d’eau sont désormais conditionnées à la mise en place de pratiques plus sobres, et l’usage de certains pesticides, jugés trop nocifs pour les nappes phréatiques en période d’étiage, est définitivement banni.
