On l’imaginait souvent comme une utopie parisienne, un luxe de grandes métropoles dotées de transports en commun denses. Pourtant, c’est dans les petits bourgs et les villages de France que s’opère actuellement l’une des transformations urbaines les plus audacieuses et les plus abouties : la piétonnisation des centres. Loin des grands discours théoriques sur la “ville du quart d’heure”, des maires de communes de 2 000 à 10 000 habitants ont pris le taureau par les cornes pour bannir la voiture de leurs places principales et de leurs rues commerçantes. Et contre toute attente, le pari est en train de se révéler gagnant, tant sur le plan économique que social.
L’histoire commence souvent par un constat d’urgence. Le centre-bourg agonise. Les commerces ferment les uns après les autres, les façades se dégradent, et la place du marché, autrefois cœur battant de la vie locale, n’est plus qu’un vaste parking asphalté où les voitures tournent en rond à la recherche d’une place. Face à ce déclin, l’idée de supprimer le stationnement de cœur de ville pour créer des zones apaisées suscite d’abord la colère. Les commerçants craignent la ruine, persuadés que sans voiture garée juste devant leur vitrine, le client ira faire ses courses dans la zone commerciale périurbaine.
Pourtant, ceux qui ont franchi le pas, souvent accompagnés par des subventions régionales ou le programme Petites Villes de Demain, décrivent un avant et un après. La transformation est physique, mais aussi psychologique. Là où il y avait du bitume, on a replanté des arbres, installé des bancs, créé des jeux pour enfants et élargi les terrasses de café. Le bruit et la pollution ont disparu, laissant place aux conversations et aux rires. Et contre les idées reçues, le chiffre d’affaires des commerces de proximité n’a pas chuté ; il a souvent augmenté. Un piéton ou un cycliste s’arrête plus facilement, flâne, et dépense plus localement qu’un automobiliste pressé qui fait un aller-retour express.
