Maison Décryptage Souveraineté numérique : la France peut-elle encore rattraper son retard ?

Souveraineté numérique : la France peut-elle encore rattraper son retard ?

par Louis Beville

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C’est le grand serpent de mer de la politique technologique européenne. À chaque crise, à chaque scandale de collecte de données, à chaque avancée fulgurante de l’intelligence artificielle américaine, la France et l’Union européenne redisent la même chose : il nous faut une souveraineté numérique. Mais à force de le répéter, l’incantation menace de cacher une réalité beaucoup plus brutale. L’Europe, et la France en particulier, est structurellement dépendante des géants technologiques outre-Atlantique, et le fossé ne cesse de se creuser.

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Regardons le cloud, l’infrastructure de base de l’économie moderne. Plus de 70 % du marché européen du cloud est contrôlé par Amazon (AWS), Microsoft (Azure) et Google (GCP). Les initiatives françaises, comme OVHcloud, ou européennes, avec les offres de souveraineté certifiées SecNumCloud, peinent à décoller. Pourquoi ? Parce que les entreprises européennes, y compris les administrations, privilégient la performance technique, l’écosystème de services et le prix des Américains. La souveraineté des données est souvent sacrifiée sur l’autel de la facilité d’usage. Pire, le Cloud Act américain permet à Washington d’accéder aux données hébergées par ses entreprises, même si elles sont stockées sur un serveur à Paris. L’illusion de la souveraineté est totale.

Le constat est encore plus alarmant dans le domaine de l’intelligence artificielle. Si la France peut s’enorgueillir d’avoir vu émerger des pépites comme Mistral AI, la réalité de la chaîne de valeur montre une dépendance critique. Les modèles européens reposent massivement sur les puces de Nvidia, conçues aux États-Unis, fabriquées à Taïwan, et entraînées avec des données souvent américaines. La France a-t-elle les moyens de financer la puissance de calcul nécessaire pour rivaliser avec les investissements démesurés des GAFAM ? La réponse est non, à l’échelle nationale. Seule une Europe unie pourrait peser, mais les marchés européens restent fragmentés, et les capitaux-risqueurs européens hésitent à suivre les tours de table colossaux nécessaires.

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