Il aura fallu attendre le choc énergétique de 2022 et la prise de conscience climatique pour que le nucléaire, longtemps conspué par une partie de l’écologie politique, fasse son grand retour sur le devant de la scène. En France, la décision de relancer la construction de nouveaux réacteurs (les fameux EPR2) et de développer les petits réacteurs modulaires (SMR) a été saluée comme un acte de souveraineté. Sur le papier, le raisonnement est imparable : une énergie décarbonée, pilotable, disponible en continu. Mais dans les faits, ce renouveau nucléaire cache une réalité économique beaucoup plus complexe, dont la facture risque bien de revenir au contribuable.
Le premier coût caché est celui de la construction elle-même. Le secteur a perdu une grande partie de ses capacités industrielles durant les “vacances nucléaires” des années 2000-2010. Résultat, les chantiers accumulent les retards et les surcoûts. L’exemple de Flamanville 3 est dans toutes les têtes : un réacteur livré avec plus de quinze ans de retard et un coût multiplié par quatre. Si la filière promet des “séries” plus maîtrisées pour les futurs EPR2, les observateurs indépendants restent sceptiques. Le financement de ces nouveaux réacteurs, qui se chiffre en dizaines de milliards d’euros, ne pourra pas reposer uniquement sur les épaules d’EDF, déjà plombé par une dette colossale. L’État, c’est-à-dire le contribuable, devra inévitablement mettre la main à la poche, via des garanties d’emprunt ou des injections de capital.
