Mais il y a un autre coût, souvent passé sous silence dans les communiqués triomphants : celui du démantèlement et de la gestion des déchets. La France a accumulé des décennies de déchets radioactifs, et les solutions de stockage profond, comme le projet Cigéo dans la Meuse, représentent des investissements pharaoniques. Qui va payer pour nettoyer le parc nucléaire actuel dans cinquante ou cent ans ? Les provisions actuelles, bien que légales, sont-elles réellement à la hauteur des défis techniques à venir ? Le débat est loin d’être tranché, et le risque d’un passif environnemental et financier laissé aux générations futures est réel.
Enfin, il ne faut pas oublier le coût pour le consommateur. Pour rentabiliser ces nouveaux investissements, EDF devra vendre l’électricité produite à un prix qui reflète la réalité économique du nucléaire moderne, bien loin du coût historique de l’amortissement des vieux réacteurs. La fin des tarifs réglementés et l’ouverture à la concurrence risquent d’entraîner une hausse structurelle des factures d’électricité.
Le retour en grâce du nucléaire est une nécessité stratégique pour la France et l’Europe. C’est un outil indispensable pour décarboner notre mix énergétique. Mais il faut avoir le courage de regarder les choses en face : ce choix n’est pas gratuit. Il nécessite un pacte de transparence avec les citoyens, qui doivent comprendre que la souveraineté énergétique a un prix, et que ce prix, in fine, sera payé par la collectivité.
