C’est une antienne qui revient à chaque crise politique majeure, un rituel presque immuable de la vie publique française : il faut réformer nos institutions. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, la question de la fin de la Ve République, ou du moins de sa profonde refonte, n’a jamais été aussi présente. Aujourd’hui, l’idée d’un référendum sur les institutions refait surface, mais elle divise profondément l’exécutif, révélant les contradictions d’un pouvoir qui a du mal à penser l’après-5e République.
Le constat de départ est partagé par une large partie de la classe politique et des citoyens : la Ve République, taillée pour le général de Gaulle et l’efficacité décisionnelle, montre ses limites. L’hyper-présidentialisation a transformé l’élection présidentielle en un scrutin de tous les dangers, où le gagnant rafle tout et le perdant ne sert plus à rien. Le Parlement, souvent réduit à une chambre d’enregistrement, a perdu de sa superbe, tandis que l’abstention massive traduit une défiance structurelle envers un système perçu comme clos et déconnecté. L’introduction d’une dose de proportionnelle, promise depuis des décennies, semble être le minimum syndical pour réintégrer la diversité politique du pays dans l’hémicycle.
Pourtant, dès qu’il s’agit de passer aux actes, les calculs politiciens reprennent le dessus. Au sein même de l’exécutif, le référendum institutionnel est perçu comme un pari extrêmement risqué. Le camp “pragmatique” craint qu’un tel scrutin ne se transforme en plébiscite contre le président en exercice, transformant une question technique sur le fonctionnement de l’État en un vote sanction. Le camp “réformateur”, souvent issu de la société civile ou des rangs de la majorité, y voit au contraire l’occasion de marquer l’histoire en ouvrant une nouvelle page constitutionnelle.
